Brussels Architecture Today

Place Rogier
Place Rogier — Saint-Josse-ten-Noode
2013-2017
Architecure: XDGA (Xaveer De Geyter), Michel Desvigne, Ney &Partners

Sybille
Valcke

Désignez une production architecturale récente qui vous semble intéressante et expliquez pourquoi?

J’ai opté pour un réaménagement de grande qualité de l’espace public: la place Rogier. Ce réaménagement introduit une qualité de vie dans un quartier qui depuis la fin des années 1950 a été fort bouleversé et qui est aujourd’hui très densément construit d’immeubles voués à une fonction de bureau et de quelques hôtels. Plus récemment il y a une volonté d’y réintroduire davantage de mixité. Un espace public de qualité, tel que la place Rogier, ne peut que contribuer à son redéveloppement. Avec son auvent comme appel visuel, la place constitue le point d’articulation essentiel d’une promenade urbaine allant de la place de la Monnaie en passant par la rue Neuve vers la gare du Nord et les quartiers situés au bout du boulevard Albert II où a été aménagé le parc Gaucheret. C’est à l’issue d’un concours international lancé par la Région en 2006, qu’a été retenu le projet de l’architecte Xaveer de Geyter et du paysagiste Michel Desvigne. Le projet rencontre les objectifs du concours de dégager la place de toute circulation automobile en faveur des piétons, cyclistes et PMR et d’aménager un nouvel accès à la station de métro Rogier. Le travail remarquable de la mise en œuvre des matériaux des revêtements de sol - granit noir pour la place et béton coulé clair pour la promenade arborée le long du boulevard Botanique - assure le déplacement confortable et attrayant pour tous. Par sa taille impressionnante (63m de diamètre), l’auvent surplombant le nouvel accès au métro est sans conteste le point fort du projet. Dans le même périmètre, on ne peut que faire les liens urbains avec d‘autres aménagements antérieurs ou contemporains, en particulier le parc au centre du boulevard Albert II de Jacques Wiertz, aménagé au début des années 1990, le parc Gaucheret (2000) en lien avec les logements et les écoles du quartier et, à l’autre bout de la promenade, le nouvel aménagement de la place de la Monnaie de MSA et Technum (2012) et celui en cours de la rue Neuve (Latz+Partner et Buur). Ainsi, au quotidien, d’innombrables usagers de l’espace public, qu’ils viennent travailler ou faire leurs achats rue Neuve, découvrent tour à tour la tranquillité de l’aménagement arboré du boulevard Albert II, le parc Gaucheret avec ses buttes et ses aménagements ludiques, le détail des incrustations de plaques de laiton dans le sol de la place de la Monnaie - sans doute par référence aux ateliers de la frappe de la monnaie autrefois implantés à cet endroit - et enfin, point de rencontre de ces différents lieux, la place Rogier qui allie la force visuelle de son aménagement et le confort qu’il propose.

Comment percevez-vous le contexte architectural à Bruxelles aujourd’hui?

Depuis une dizaine d’années, la prise de fonction du maître-architecte (BMA) a généré à Bruxelles davantage de qualité architecturale par l’organisation de concours internationaux pour les projets importants. Bruxelles depuis a gagné en notoriété par la qualité de ses aménagements urbains et ses réalisations architecturales. Autre point positif, la politique de rénovation urbaine tournée vers le citoyen à travers des opérations de réaménagement de l’espace public, la création d’espaces de détente et d’espace verts. Malheureusement ces nouveaux aménagements vont souvent de pair avec une volonté de créer des événements, de favoriser le city marketing et le tourisme de masse, perturbant la tranquillité des riverains et cela trop souvent en restant sourd aux souhaits légitimes des habitants aspirant au respect de leur environnement quotidien. Par ailleurs, si Bruxelles possède de nombreux parcs historiques, les friches industrielles offriraient - sur le modèle scandinave - des possibilités de créer de grands parcs naturels intégrant des petites infrastructures pour accueillir diverses activités en rapport avec la nature («naturskole»). Le contact permanent avec la nature et l’usage intensif du vélo pourrait transformer le quotidien du Bruxellois vers un mieux-être.

Présentez-vous en quelques lignes.

Fonctionnaire Urban.Brussels
Attachée aux Monuments et Sites, aujourd’hui DPC (Direction du Patrimoine culturel) depuis 1993. Responsable du secteur Ville de Bruxelles depuis une vingtaine d’années.

À propos

Les interviews ont été collectés suite à un appel lancé au mois de septembre 2019. Plus de 60 personnes y ont participé. Un jury a été organisé pour évaluer les réponses et sélectionner les meilleures qui seront publiées ici, par groupe de 10 interviews tous les 15 jours. Le jury a réuni le 2 octobre les personnes suivantes: Guy Condé Reis (Urban.brussels), Lisa De Visscher (A+), Pablo Lhoas (ULB-La Cambre), Sophie Gérard (BMA), Audrey Moulu (BMA), Guillaume Sokal (SLRB) et Nicolas Hemeleers (CityTools).

Le projet n’est cependant pas terminé! Une deuxième phase démarre: nous invitons dès à présent toute personne intéressée à répondre également au formulaire. L’appel se mue en contribution continue dans les semaines et mois qui viennent. Un deuxième jury pourra être organisé. Le formulaire est encore en ligne. Remplissez-le!

Projet coordonné par une équipe de curatelle pluridisciplinaire composée de CityTools (urbanisme), Spec uloos (graphisme), Variable (site web) et Thomas Ost (photographie).